Réglementation

Choisir sa plateforme agréée quand on facture seul

Il y a deux listes officielles, pas une, et les fichiers de la DGFiP portent des noms qui disent l'inverse de leur contenu. Ce qu'il faut regarder avant de s'engager.

Publié le 19 septembre 2026 · lecture 7 min

Choisir sa plateforme agréée quand on facture seul

À retenir

  • En micro-entreprise ou en PME, l'échéance en cours est de recevoir, pas d'émettre. L'émission attend le 1er septembre 2027.
  • « Agréée » recouvre deux statuts : immatriculation acquise, ou dossier accepté mais tests d'interopérabilité encore à passer.
  • Les noms des fichiers officiels disent l'inverse de leur contenu. Le repère fiable est la colonne « Date de délivrance du numéro d'immatriculation ».
  • Avant de comparer des dizaines d'offres : regardez si l'outil que vous utilisez déjà y figure. C'est souvent le cas.
  • L'immatriculation vaut trois ans renouvelable — donc elle peut ne pas l'être. La réversibilité se vérifie avant, pas après.

Quelle échéance vous concerne vraiment ?

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises établies en France et assujetties à la TVA doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques — y compris celles qui bénéficient de la franchise en base, donc la quasi-totalité des micro-entrepreneurs. C'est la seule obligation en vigueur aujourd'hui, et elle ne connaît pas d'exception de taille.

L'obligation d'émettre est progressive : elle s'applique depuis la même date aux grandes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire, mais seulement à compter du 1er septembre 2027 aux PME et aux micro-entreprises (entreprendre.service-public.gouv.fr).

Pour un indépendant seul, la conséquence est nette : il vous faut un moyen de recevoir maintenant, et vous avez une année entière pour choisir votre outil d'émission. Beaucoup de messages commerciaux entretiennent l'inverse en présentant septembre 2026 comme une date d'émission. Ce n'est pas votre cas.

Pourquoi il y a deux listes officielles, et pas une

L'administration définit une plateforme agréée comme un opérateur de dématérialisation immatriculé, « pour une durée de trois ans renouvelable ». Et elle est catégorique sur le périmètre : « Seule une plateforme agréée est habilitée à assurer toutes les fonctionnalités prévues par la réforme » (impots.gouv.fr).

Mais la publication comporte deux listes distinctes, et c'est le point que presque aucune communication ne relaie :

Immatriculation acquise — « opérateurs satisfaisant à l'ensemble des conditions, incluant les tests d'interopérabilité »

Un numéro délivré, et une date. 149 opérateurs au 19 septembre 2026.

En attente — « opérateurs ayant déposé un dossier complet et conforme et en attente de leur immatriculation définitive »

Dossier jugé complet et conforme, mais les tests en conditions réelles restent à passer. 14 opérateurs au 19 septembre 2026.

Choisir un opérateur de la seconde liste n'est ni interdit ni absurde : son dossier a été jugé complet et conforme. Mais c'est un pari sur un test qui n'a pas encore eu lieu, et il vaut mieux le faire en le sachant.

Ces deux nombres bougent vite. Trois jours avant la publication de cet article, les mêmes fichiers comptaient 150 et 12 opérateurs : quatre mouvements en soixante-douze heures. C'est pourquoi chaque effectif est ici daté — et pourquoi il faut ouvrir la liste le jour où vous décidez, plutôt que de faire confiance à un chiffre lu quelque part, y compris ici.

Mais la liste, elle, est constituée depuis le début de l'année

Ces mouvements sont marginaux, et c'est une bonne nouvelle pour qui doit choisir. 105 des 148 opérateurs datés, soit 71 %, ont reçu leur numéro d'immatriculation en décembre 2025 et janvier 2026. Depuis, le rythme est de quelques-uns par mois. Autrement dit : attendre ne fera pas apparaître beaucoup d'options nouvelles.

59 déc. 25 46 janv. 26 3 févr. 4 mars 16 avril 5 mai 4 juin 6 juil. 5 août Nombre d'immatriculations délivrées, par mois
Dates de délivrance des numéros d'immatriculation, comptées le 19 septembre 2026 dans le fichier de la liste des opérateurs satisfaisant à l'ensemble des conditions (impots.gouv.fr). 148 opérateurs portent une date exploitable ; un dernier n'apparaît que dans la version tableur du fichier, pas dans sa version PDF.

Comment lire la liste officielle sans se tromper

Elle vit sur impots.gouv.fr, sous l'intitulé « Je consulte la liste des plateformes agréées ». Chaque liste y est proposée en trois formats téléchargeables.

Le piège : les noms des fichiers ne correspondent pas à leur contenu. La liste des opérateurs pleinement conformes se télécharge sous le nom liste_pa_attente_rapport_audit, et celle des opérateurs en attente sous le nom liste_pa_attente_test_interop. Un lecteur pressé conclura l'exact contraire de la réalité — c'est arrivé sur ce site même, et il a fallu rouvrir les fichiers pour s'en rendre compte.

Le repère fiable est une colonne, pas un nom de fichier. La liste des opérateurs pleinement conformes comporte une colonne « Date de délivrance du numéro d'immatriculation » ; celle des opérateurs en attente n'a aucune colonne de date, pour la raison évidente qu'aucun numéro n'y a encore été délivré. Si le fichier que vous avez sous les yeux porte des dates, c'est la bonne liste.

Commencez par l'outil que vous utilisez déjà

Comparer la liste entière n'a aucun sens pour quelqu'un qui facture seul : elle est très majoritairement composée d'éditeurs d'EDI et de solutions pour grands comptes. Le bon premier geste est l'inverse : vérifier si le compte pro, le logiciel de facturation ou l'outil comptable que vous payez déjà y figure. C'est souvent le cas, et cela vous épargne un abonnement de plus.

Extrait ci-dessous, par ordre alphabétique, d'outils courants chez les indépendants et présents dans la liste des opérateurs pleinement conformes. Ce n'est pas un classement ni une recommandation : c'est une recopie du fichier public, relue le 19 septembre 2026. Les liens pointent vers le site que chaque opérateur a déclaré à l'administration, et aucun n'est un lien commercial.

Nom commercial Immatriculation délivrée le
ABBY 29/01/2026
Axonaut 08/01/2026
Dougs Facturation gratuite 12/12/2025
Indy 09/01/2026
iPaidThat 06/01/2026
jefacture.com 18/12/2025
macompta.fr 15/01/2026
One Up 08/01/2026
Pennylane 11/12/2025
Qonto 18/12/2025
Sellsy (TeamSystem) 24/12/2025
Shine 21/05/2026
Solo 16/02/2026
Tiime PDP 18/12/2025
VosFactures 15/04/2026

Source : impots.gouv.fr, liste des opérateurs satisfaisant à l'ensemble des conditions. Extrait non exhaustif.

Et si votre outil n'y est pas ?

Plusieurs logiciels de facturation très répandus chez les indépendants n'apparaissent dans aucune des deux listes au 19 septembre 2026. L'administration est explicite sur ce que cela implique : « À défaut d'immatriculation par l'administration fiscale, cet opérateur n'aura pas la qualité de plateforme agréée et ne sera donc pas autorisé » à assurer ces fonctions.

Ce que cela ne dit pas, c'est si votre éditeur prévoit de s'adosser à une plateforme agréée tierce — la page officielle ne traite pas ce cas. D'où la question à lui poser, et elle doit être précise : sur quelle plateforme agréée vous appuyez-vous, et à quelle date a-t-elle été immatriculée ? Une réponse vague (« nous serons conformes ») n'en est pas une.

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Facturation électronique gratuite

Tiime figure dans la liste des opérateurs satisfaisant l'ensemble des conditions publiée par la DGFiP, immatriculation délivrée le 18/12/2025.

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Les quatre critères qui décident vraiment

Les grilles tarifaires changent ; un classement de prix serait faux dans trois mois. Quatre critères, eux, restent vrais.

  1. Ce que couvre réellement le gratuit. Plusieurs opérateurs annoncent une offre gratuite. La question n'est pas de savoir s'il en existe une, mais si l'émission, la réception et la transmission des données y sont toutes incluses, ou si l'une d'elles bascule sur un plan payant au premier volume sérieux.
  2. La réversibilité. L'immatriculation est délivrée pour trois ans renouvelable — elle peut donc ne pas l'être. Avant de s'engager : comment récupère-t-on l'intégralité de ses factures, et sous quel format ? Le jour où la question se pose, il est trop tard pour la poser.
  3. Le statut dans la liste. Immatriculé, ou en attente ? Ce n'est pas un détail administratif : c'est la différence entre un opérateur qui a passé les tests en conditions réelles et un opérateur dont le dossier a seulement été accepté.
  4. L'articulation avec votre comptabilité. Une plateforme qui ne parle pas à votre outil comptable vous fait ressaisir. Quand on facture seul, c'est le poste de temps le plus lourd — bien avant le prix de l'abonnement.

Ce qui ne doit pas entrer dans le choix

La notoriété de la marque. Les opérateurs de la première liste ont passé les mêmes tests, connus ou non : sur le plan réglementaire, ils sont équivalents. La liste mélange d'ailleurs des noms grand public et des éditeurs que personne n'a jamais vus.

Et le prix affiché seul. Un abonnement à quelques euros qui vous oblige à ressaisir chaque facture coûte plus cher que la différence, dès la première heure passée. C'est le même raisonnement qu'on applique à un tarif journalier : le montant brut ne dit rien tant qu'on n'a pas regardé ce qu'il en reste (convertir un TJM en salaire net), ni ce qu'il faut facturer pour atteindre un revenu donné (calculer son objectif de revenu).

Pour aller plus loin sur le site

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de plateformes agréées ?

Au 19 septembre 2026 : 149 opérateurs satisfont l'ensemble des conditions, tests d'interopérabilité compris, et 14 attendent leur immatriculation définitive. Ces effectifs changent souvent — 150 et 12 trois jours plus tôt — et se relisent à la source.

En micro-entreprise, dois-je émettre mes factures au format électronique dès maintenant ?

Non. L'émission ne s'impose aux micro-entreprises et aux PME qu'à compter du 1er septembre 2027. La réception est en revanche obligatoire depuis le 1er septembre 2026, franchise en base comprise.

Mon logiciel de facturation n'est pas dans la liste, est-ce un problème ?

Cela signifie qu'il n'a pas, à lui seul, la qualité de plateforme agréée. Demandez-lui sur quelle plateforme agréée il s'appuie, et à quelle date elle a été immatriculée : une réponse précise existe, ou elle n'existe pas.

Une plateforme peut-elle perdre son agrément ?

L'immatriculation est accordée pour trois ans renouvelable. Elle n'est donc ni définitive ni acquise : c'est pour cela que la réversibilité se vérifie avant de s'engager.

Comment vérifier qu'un éditeur est réellement agréé ?

En ouvrant la liste officielle et en regardant dans laquelle des deux il figure. Ne pas se fier au nom du fichier téléchargé, qui indique le contraire de son contenu, ni à la page commerciale de l'éditeur.

Sources. impots.gouv.fr — « Je consulte la liste des plateformes agréées » (publié le 30/07/2024, modifié le 17/09/2026) ; impots.gouv.fr — « Facturation électronique et plateformes agréées » ; entreprendre.service-public.gouv.fr — obligations et calendrier par taille d'entreprise. Effectifs, dates et colonnes relus dans les fichiers officiels le 19 septembre 2026.

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