Questions fréquentes

Existe-t-il une marge maximale légale pour un intermédiaire ?

Non. Aucun texte ne plafonne la marge d'un intermédiaire face à un prestataire indépendant : le prix est libre. Mais l'article L442-1 du code de commerce interdit d'obtenir un avantage sans contrepartie ou manifestement disproportionné, et de soumettre l'autre partie à des obligations créant un déséquilibre significatif. Une marge élevée assortie d'une clause qui vous interdit d'aller voir le client relève de ce texte. L'action est ouverte au prestataire lui-même, mais aussi au ministre de l'Économie.

Le délit de marchandage protège-t-il un freelance indépendant ?

Non, et c'est une confusion fréquente. Le marchandage, défini à l'article L8231-1 du code du travail, sanctionne la fourniture de main-d'œuvre à but lucratif causant un préjudice au SALARIÉ. Un indépendant n'est pas salarié : il n'en relève pas, sauf en portage salarial ou après requalification de son contrat en contrat de travail. Son arme est le droit commercial, pas le droit du travail.

Sous quel délai un intermédiaire doit-il me payer ?

Soixante jours nets après émission de la facture au maximum, ou quarante-cinq jours fin de mois si le contrat le prévoit expressément. Sans clause, le délai légal est de trente jours. Tout retard ouvre droit aux pénalités contractuelles et à une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € par facture. Le dépassement expose l'entreprise à une amende administrative pouvant atteindre deux millions d'euros.

Puis-je devenir intermédiaire et sous-traiter à d'autres freelances ?

Oui, à deux conditions. D'abord apporter une valeur propre — cadrage, garantie de résultat, coordination : une opération dont l'objet exclusif serait le prêt de main-d'œuvre à but lucratif est interdite par l'article L8241-1 du code du travail. Ensuite respecter l'obligation de vigilance : pour tout contrat d'au moins 5 000 € hors taxes, exiger l'attestation de vigilance URSSAF de votre sous-traitant à la signature puis tous les six mois, sous peine de payer ses cotisations à sa place.

Marge d'intermédiaire : ce que votre TJM devient vraiment

Le baromètre donne le prix du marché. Ce qui arrive sur votre compte en est une fraction que personne ne vous annonce, et qui ne baisse jamais toute seule. Voici ce que la loi vous permet d'opposer, les clauses à obtenir avant de signer, et comment passer de l'autre côté.

Marge d'intermédiaire : ce que votre TJM devient vraiment

À jour au 4 août 2026 · Références juridiques vérifiées sur Légifrance et economie.gouv.fr

L'essentiel

  • Aucune marge n'est plafonnée par la loi. Le prix est libre : votre protection est contractuelle, et elle se négocie avant de signer.
  • Notre repère : 15 %. Au-delà, exigez par écrit ce que l'intermédiaire apporte encore — sans contrepartie, c'est un avantage injustifié au sens du code de commerce.
  • Le marchandage ne vous protège pas si vous êtes indépendant : ce texte vise les salariés. Votre arme est le code de commerce.
  • Les délais de paiement, eux, sont encadrés : 60 jours nets maximum, et l'amende peut atteindre 2 millions d'euros.
  • En marché public, exiger d'être déclaré sous-traitant de rang 1 vous ouvre le paiement direct par l'acheteur.
  • Devenir intermédiaire à votre tour est légal — à condition d'apporter une valeur propre et de tenir l'obligation de vigilance.

Ce que vous ne saurez jamais si vous ne le demandez pas

Un client final paie un prix. Vous en recevez un autre. Entre les deux, un ou plusieurs intermédiaires prélèvent une marge que rien ne vous oblige à connaître — et que rien ne les oblige à révéler. Le point aveugle n'est pas le montant : c'est le fait qu'il reste constant. La prospection, le référencement, la mise en relation sont des coûts d'entrée, payés une fois. La marge, elle, continue de courir au douzième mois de mission comme au premier, alors que le service rendu s'est réduit à l'émission d'une facture.

105 € Intermédiaire 1 89 € Intermédiaire 2 506 € Vous Facturé au client final 700 € Deux étages à 15 % : il vous reste 72 % de ce que paie le client.
Exemple pédagogique, et non un taux de marché : aucune source officielle ne publie de barème de marge. Les ordres de grandeur cités par la presse spécialisée vont de 10-20 % pour un apport d'affaires réel à 25-40 % sur les chaînes longues. À vérifier au cas par cas, jamais à supposer.

Comparez d'abord ce qu'on vous propose au prix réel de votre métier : le baromètre TJM donne la médiane observée par spécialité et par ville. Un écart important entre le marché et votre TJM net n'est pas une preuve de marge abusive, mais c'est le bon point de départ d'une conversation.

Notre position : au-delà de 15 %, exigez une justification écrite

Aucune loi ne fixe ce seuil, et nous ne prétendons pas le contraire. Mais quinze pour cent correspondent à ce qu'un apport d'affaires réel — prospection, référencement, garantie de paiement, portage administratif — peut raisonnablement valoir sur la durée. Au-delà, la charge de la preuve doit changer de camp : ce n'est plus à vous de justifier pourquoi vous demandez davantage, c'est à l'intermédiaire d'écrire ce qu'il continue d'apporter au douzième mois de mission.

Et si cette justification n'existe pas, le mot juste n'est pas « cher » : c'est avantage sans contrepartie, et c'est exactement ce que l'article L442-1 du code de commerce interdit. Une marge de 30 % annoncée franchement, assumée et contractualisée reste licite. Une marge de 30 % qu'on vous cache, adossée à une clause qui vous interdit d'aller voir le client, ne l'est pas.

Ce que vous pouvez opposer, et à qui

Il faut être exact ici, parce que beaucoup d'articles arment mal leurs lecteurs. Aucun texte ne plafonne la marge d'un intermédiaire face à un prestataire indépendant. Mais quatre leviers existent, et trois d'entre eux sont réellement à votre portée.

1. Le déséquilibre significatif — votre vrai texte

L'article L442-1 du code de commerce s'applique entre professionnels. Il interdit d'obtenir « un avantage sans contrepartie ou manifestement disproportionné » et de soumettre l'autre partie à des obligations créant « un déséquilibre significatif ». Une marge élevée n'est pas illicite en soi. Une marge élevée couplée à une clause qui vous interdit trois ans durant d'approcher le client, sans contrepartie, entre précisément dans cette description.

Le point décisif : l'action n'est pas réservée aux grandes entreprises. Elle est ouverte à toute personne intéressée — vous —, au ministère public, au ministre chargé de l'Économie et au président de l'Autorité de la concurrence. Signaler une pratique à la DGCCRF ne coûte rien et ne suppose aucun procès.

2. Les délais de paiement — encadrés, eux

C'est l'abus le plus fréquent et le plus facile à établir : l'intermédiaire encaisse à 30 jours et vous règle à 90. L'article L441-10 du code de commerce fixe le plafond à 60 jours nets après émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit expressément ; à défaut de clause, 30 jours.

Tout retard ouvre droit aux pénalités et à une indemnité forfaitaire de 40 € par facture. Surtout, le dépassement expose l'entreprise à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 2 millions d'euros pour une personne morale, doublée en cas de récidive dans les deux ans. Rappeler ce chiffre dans un courriel de relance produit souvent plus d'effet qu'une longue argumentation.

3. Le marché public — le levier qu'on oublie

Si la mission finale est un marché public, la loi du 31 décembre 1975 impose la déclaration et l'acceptation de chaque sous-traitant par l'acheteur. Et surtout, le paiement direct par la personne publique est réservé au sous-traitant de rang 1 : le rang 2 en est exclu. Demander à être déclaré en rang 1 a deux effets immédiats — la chaîne devient visible, et l'intermédiaire cesse d'être assis sur votre trésorerie.

4. Le marchandage — ce qu'il ne faut pas croire

Le marchandage (code du travail, art. L8231-1) sanctionne la fourniture de main-d'œuvre à but lucratif causant un préjudice au salarié — jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende, 75 000 € si plusieurs personnes sont concernées. Si vous êtes indépendant, ce texte ne vous protège pas, sauf en portage salarial ou après requalification de votre contrat en contrat de travail. Ne fondez pas une négociation dessus : on vous répondra, à juste titre, que vous n'êtes pas salarié.

Les trois clauses à obtenir avant de signer

Tout se joue avant la signature. Une fois la mission lancée, vous n'avez plus de levier : l'intermédiaire sait que vous ne partirez pas. Trois clauses changent l'équilibre.

La transparence du taux facturé

Sans elle, les deux autres sont invérifiables. Elle n'a rien d'exorbitant : vous ne demandez pas le contrat du client, seulement le taux qui vous concerne.

Le plafond de marge

Il transforme un pourcentage discrétionnaire en engagement contractuel. Un intermédiaire qui refuse tout plafond, quel qu'en soit le niveau, vous dit quelque chose d'utile.

La dégressivité dans le temps

C'est la clause la plus juste, et la plus rarement demandée. Le travail de l'intermédiaire est concentré au début : il vous a trouvé la mission. Au-delà de quelques mois, sa contribution se réduit pendant que sa marge, elle, reste identique. La dégressivité aligne simplement la rémunération sur le service rendu.

15 % 0 → 6 mois 12 % 7 → 12 mois 10 % au-delà d'un an Proposition de négociation — aucun usage ni barème officiel n'existe.
Barème indicatif destiné à ouvrir la discussion. Il n'a aucune valeur normative : la marge est libre, et ce qui compte est qu'elle soit écrite, plafonnée et décroissante.

La clause qui vous rend captif

La non-sollicitation vous interdit de travailler directement avec le client pendant une durée donnée après la fin de la mission. Elle est légitime dans son principe — l'intermédiaire protège l'affaire qu'il a apportée — et abusive dès qu'elle devient disproportionnée. Trois points se négocient toujours : la durée (six à douze mois se défendent, trois ans beaucoup moins), le périmètre (l'entité précise avec laquelle vous avez travaillé, pas l'ensemble d'un groupe international), et l'extinction — la clause doit tomber si c'est l'intermédiaire qui met fin à la relation, ou s'il cesse de vous proposer des missions.

C'est ici que l'article L442-1 reprend tout son sens : une non-sollicitation très large, sans contrepartie, adossée à une marge élevée et non plafonnée, est exactement le genre de stipulation qu'un juge examine sous l'angle du déséquilibre significatif.

Repérer une chaîne à plusieurs étages

Plus la chaîne est longue, plus votre TJM se dilue — et plus vous êtes loin de la décision. Quatre signaux ne trompent pas :

La question à poser est simple, et son refus est déjà une réponse : « Combien d'entités interviennent entre moi et le client final, et laquelle porte le contrat principal ? »

Passer de l'autre côté : devenir intermédiaire à votre tour

Il n'y a pas que les grands groupes. Un freelance qui a un réseau, une réputation et plus de demandes qu'il ne peut en traiter peut parfaitement porter une mission et en sous-traiter une partie. C'est souvent la première marche vers une vraie entreprise. Mais deux obligations s'imposent immédiatement, et la seconde coûte cher si on l'ignore.

Apporter une valeur propre, sinon c'est illégal

L'article L8241-1 du code du travail est sans ambiguïté : « toute opération à but lucratif ayant pour objet exclusif le prêt de main-d'œuvre est interdite ». Placer quelqu'un et prélever une marge sans rien apporter d'autre tombe sous le coup de ce texte. Ce qui vous en éloigne : cadrer le besoin, vous engager sur un résultat et non sur des journées, coordonner, assumer la responsabilité de la livraison. Vendez une prestation, pas une personne.

Tenir l'obligation de vigilance

Dès qu'un contrat atteint 5 000 € hors taxes, vous devez exiger de votre sous-traitant son attestation de vigilance URSSAF à la signature, puis tous les six mois jusqu'à la fin. Ce n'est pas une formalité : à défaut, la solidarité financière s'applique — vous payez impôts, cotisations et majorations de votre sous-traitant au prorata, et vos propres exonérations peuvent être annulées. Deux minutes de vérification tous les six mois contre une dette qui n'est pas la vôtre : l'arbitrage est vite fait.

Le principe qui vous évitera les deux pièges : appliquez à vos sous-traitants ce que vous demandez à vos donneurs d'ordre. Marge écrite, plafonnée, dégressive, délais de paiement tenus. C'est le meilleur argument commercial qui soit dans un secteur où presque personne ne le fait.

Formulations prêtes à négocier

Ces rédactions sont des bases de discussion, à adapter à votre situation et à faire relire par un professionnel du droit avant signature. Elles n'ont pas valeur de conseil juridique.

1. Transparence du taux facturé

« Le Prestataire est informé du tarif journalier facturé par la Société au client final pour ses prestations. La Société communique ce tarif au Prestataire à la signature du présent contrat, puis à chaque modification, dans un délai de quinze (15) jours. Toute évolution du tarif facturé au client final donne lieu à une révision proportionnelle de la rémunération du Prestataire, à taux de marge constant. »

2. Plafond de marge

« La différence entre le tarif journalier facturé au client final et la rémunération journalière du Prestataire ne peut excéder quinze pour cent (15 %) du tarif facturé au client final. Ce plafond s'entend toutes commissions, frais de gestion et refacturations confondus. Tout dépassement constaté donne lieu à régularisation au bénéfice du Prestataire dans les trente (30) jours. »

3. Dégressivité de la marge

« Le taux de marge défini à l'article précédent est dégressif dans le temps : quinze pour cent (15 %) du premier au sixième mois de mission, douze pour cent (12 %) du septième au douzième mois, dix pour cent (10 %) au-delà du douzième mois. La dégressivité s'applique de plein droit, sans formalité, et se poursuit en cas de renouvellement ou de prolongation de la mission. »

4. Non-sollicitation encadrée

« Le Prestataire s'interdit d'entrer en relation commerciale directe avec le client final pour des prestations de même nature pendant une durée de six (6) mois à compter du terme effectif de la mission. Cette obligation est limitée à l'entité juridique auprès de laquelle la mission a été exécutée, à l'exclusion de toute autre société du groupe. Elle devient caduque de plein droit si la Société met fin à la relation, si elle ne propose aucune mission au Prestataire pendant trois (3) mois consécutifs, ou en cas de manquement de la Société à ses obligations de paiement. »

5. Délais de paiement et pénalités

« Les factures du Prestataire sont réglées à trente (30) jours date d'émission. Le paiement du Prestataire n'est pas subordonné à l'encaissement préalable des sommes dues par le client final. Tout retard entraîne de plein droit, sans mise en demeure, des pénalités au taux d'intérêt de la Banque centrale européenne majoré de dix (10) points, ainsi que l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de quarante euros (40 €) prévue à l'article D. 441-5 du code de commerce. »

6. Transparence de la chaîne

« La Société déclare que la présente mission comporte [nombre] intermédiaire(s) entre le Prestataire et le client final, et identifie l'entité titulaire du contrat principal. Toute modification de la chaîne contractuelle en cours de mission est portée à la connaissance du Prestataire dans un délai de quinze (15) jours. En marché public, la Société s'engage à déclarer le Prestataire comme sous-traitant de premier rang et à solliciter son acceptation par l'acheteur, ouvrant droit au paiement direct. »

Votre TJM est-il au niveau du marché ?

Comparez ce qu'on vous propose à la médiane réelle de votre métier, puis convertissez-la en net.

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Sources

Cet article ne contient aucun lien partenaire : le sujet ne s'y prête pas. Les formulations de clauses sont des bases de négociation et ne constituent pas un conseil juridique ; faites-les relire avant signature.